Cap sur l'Inconnu

Partir mieux renseigné, revenir moins sûr de soi

Des chaussures de randonnée ne se cassent plus, elles s’essaient

Avatar de Gaspard Rouvière

·

5 min de lecture

L’idée qu’il faut « casser » une paire de chaussures de randonnée avant de partir a longtemps justifié des semaines de marches courtes, chaussettes épaisses, pour assouplir un cuir trop raide. Les matériaux ont changé : une chaussure moderne, bien choisie dès le magasin, ne devrait plus imposer ce rodage douloureux. Ce qui reste vrai, en revanche, c’est qu’un essayage sérieux ne se fait jamais en dix minutes debout sur un sol plat.

Essayer en fin de journée, pied gonflé

Le pied gonfle naturellement au fil de la journée et encore davantage après plusieurs heures de marche : il peut prendre un demi-point de pointure, parfois plus par forte chaleur. Essayer une chaussure le matin, à froid, conduit régulièrement à choisir une taille trop juste, qui blesse dès la deuxième heure de marche réelle. Le bon réflexe consiste à essayer en fin d’après-midi, avec les chaussettes qu’on portera réellement sur le terrain, et à laisser un espace d’environ un centimètre devant le gros orteil une fois le pied poussé vers l’avant.

La tige raconte le terrain visé

Une tige basse convient à des sentiers roulants, sans charge lourde sur le dos : elle laisse la cheville libre et allège la marche. Une tige montante devient utile dès que le terrain se fait irrégulier, avec un sac chargé pour plusieurs jours, car elle limite les entorses sur pierrier ou terrain instable. Aucune des deux n’est supérieure dans l’absolu : le choix dépend du terrain et de la charge portée, pas d’une hiérarchie de gamme.

Le laçage, un réglage trop souvent figé

Beaucoup de marcheurs laçent leur chaussure une fois le matin et n’y touchent plus jusqu’au soir, alors que le pied change de volume au fil de la journée et selon le relief traversé. En montée, un laçage plus souple au niveau des orteils laisse le pied s’étaler naturellement à chaque appui. En descente, resserrer davantage la partie supérieure, autour de la cheville, empêche le pied de glisser vers l’avant et de venir cogner la pointe à chaque pas, une cause fréquente d’ongles noircis sur plusieurs jours de descente continue. Ce réglage se fait en quelques secondes à chaque pause, et change souvent plus le confort qu’un changement de modèle de chaussure.

  • Tige basse : sentiers roulants, marche à la journée, sac léger.
  • Tige montante : terrain irrégulier, plusieurs jours, sac chargé.
  • Semelle rigide : utile en terrain rocheux, moins confortable sur du plat prolongé.

La membrane, une protection à entretenir

Une chaussure dite imperméable repose sur une membrane respirante glissée entre le cuir ou le textile extérieur et la doublure intérieure. Cette membrane protège tant qu’elle reste propre : l’accumulation de boue et de sel sur le tissu extérieur finit par colmater sa capacité à laisser sortir la vapeur d’eau produite par le pied, ce qui donne l’impression trompeuse que la chaussure « prend l’eau » alors qu’elle transpire simplement mal. Un entretien régulier, brossage et séchage à l’air libre loin d’une source de chaleur directe, prolonge cette protection bien au-delà de sa durée de vie moyenne.

Le rodage qui reste nécessaire

Même bien choisie, une chaussure neuve mérite quelques sorties courtes avant un itinéraire de plusieurs jours, ne serait-ce que pour repérer les points de frottement propres à la morphologie de chaque pied. C’est la seule étape qu’aucun essayage en magasin, aussi soigné soit-il, ne peut remplacer : comme pour un itinéraire préparé sans tout réserver à l’avance, la marge se construit avant de partir, pas une fois sur le sentier. Selon les rappels que publie régulièrement l’ADEME sur la durée de vie des équipements du quotidien, un entretien soigné reste le geste le plus déterminant, bien avant le prix ou la marque de l’objet.

La semelle intermédiaire, invisible mais décisive

Sous le talon, une mousse d’amorti absorbe une partie des chocs répétés à chaque pose de pied, un rôle qu’on associe souvent, à tort, uniquement à la semelle extérieure crantée. Cette mousse intermédiaire se tasse progressivement avec l’usage, perdant sa capacité d’absorption bien avant que la semelle extérieure ne montre des signes visibles d’usure. Une chaussure dont le dessin de crampons paraît encore neuf peut ainsi offrir un amorti nettement dégradé après plusieurs centaines de kilomètres, ce qui explique pourquoi certains marcheurs ressentent une fatigue accrue dans les jambes sans comprendre pourquoi, alors que la chaussure semble, en apparence, en bon état.

Fléchir la chaussure entre les mains, semelle vers l’intérieur, donne une indication simple : une résistance nette et un retour rapide à la forme initiale signalent une mousse encore active, tandis qu’une flexion molle, sans réel retour, trahit un amorti fatigué qu’aucun lavage ni entretien de surface ne permet de restaurer.


Avatar de Gaspard Rouvière

À lire aussi